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Libres débats

LA FAMILLE ET LES FAMILLES MIGRANTES

Les conclusions des Rencontres-débats n'ont apparemment pas apporté d'éléments très nouveaux par rapport aux positions déjà adoptées par la Coordination européenne. Cependant une phrase discrète de ces conclusions (voir ci dessous en italiques) avance un principe répondant, sans le nommer, au problème posé en Europe par l'immigration des familles polygames et plus généralement des familles "larges".

3e conclusion des Rencontres-débats : le droit de vivre en famille

Le droit de vivre en famille est un droit fondamental qui implique, pour les étrangers le droit de s'unir légalement avec le conjoint de leur choix ainsi que, pour les immigrés et les réfugiés celui d'être rejoints par leur famille et de bénéficier sans discrimination des aides et prestations de prévoyance sociale en vigueur dans le pays de résidence.

Par famille il faut entendre au moins le conjoint, marié ou non, les enfants mineurs, communs ou non, et ceux qui ont été adoptés, ainsi que les enfants majeurs et les ascendants qui sont à charge. Lorsque la loi et les coutumes du pays d'origine ont chargé le soutien de famille d'une responsabilité plus large, le pays d'accueil devra en tenir compte pour éviter de briser les liens familiaux existants.

L'Union européenne doit élaborer et adopter une directive reconnaissant le droit de vivre en famille aux ressortissants des pays tiers dans les mêmes conditions que celles qui sont prévues pour les ressortissants communautaires. Les membres de la famille doivent bénéficier des mêmes droits économiques, sociaux et culturels que les nationaux et accéder aux mêmes droits civiques et politiques que les citoyens européens.

Le débat doit se poursuivre

Un consensus mou ne peut pas suffire

Le "droit de vivre en famille" est une idée au sujet de laquelle s'est établi une sorte de large consensus mou. Mais il s'en faut encore de beaucoup pour que, même au niveau des associations, du mouvement syndical, voire même du mouvement familial, on s'accorde sur sa portée exacte et les conclusion à en tirer à propos des familles des migrants.

Plutôt que de profiter d'un consensus facile pour avancer dans la confusion - avec le risque de retours en arrière douloureux - la Coordination préfère ouvrir un débat sans avoir peur d'aborder des questions difficiles et sujettes à polémiques, telles que la notion même de la famille dans d'autres cultures, la place des femmes dans la famille et la société, la polygamie ou encore les couples homosexuels.

Il nous faut tout à la fois nous mettre d'accord sur le minimum qui peut être unanimement réclamé dès maintenant et continuer à réfléchir aux questions dont les réponses ne convergent pas

L'utilité, pour ne pas dire la nécessité, de réfléchir à nouveau sur la signification de ce que l'on appelle famille, vient de se faire sentir, au sein même de la Coordination, à l'occasion de la discussion préparatoire à l'actualisation de notre proposition de Convention sur le Droit de vivre en famille.

Des amendements avaient été proposés dans le but de proposer une définition de la famille assez large pour correspondre à la fois aux conceptions de la famille admises dans les pays européens (famille nucléaire, fondée sur le mariage ou une union durable, éventuellement "recomposée" à la suite d'une séparation, et même, dans certains États, couples homosexuels) et aux conceptions traditionnelles de plusieurs sociétés d'Asie ou d'Afrique (famille élargie et souvent polygame).

Reflétant bien (c'est normal et en un sens heureux ) les contradictions de nos sociétés contemporaines, les votes de notre Conseil se sont dans un premier temps partagés entre des rédactions contradictoires : il y a, d'un côté, ceux qui veulent mettre l'accent sur l'évolution nécessaire de la société (solidarité et fraternité à l'égard des membres des familles "larges" ou polygames ; tolérance et compréhension à l'égard de l'homosexualité ) et, d'un autre côté, ceux qui craignent qu'en faisant écho aux conflits nés de cette évolution de la société on néglige la priorité à donner aux combats immédiats pour le regroupement familial sans discrimination.

On peut prévoir que le Conseil de la Coordination adoptera à l'unanimité une rédaction ouverte sur l'avenir et accueillante pour les familles venues de civilisations non européennes, mais écartera celles qui aujourd'hui apparaîtraient inacceptables à des parties importantes du mouvement associatif. Ces amendements marqueront les changements intervenus dans la société depuis quelques années. Elles ne marqueront évidemment pas le terme d'une évolution qui va certainement se poursuivre. C'est pourquoi au delà de l'objectif représenté par la rédaction d'une proposition de Convention européenne, il est important de poursuivre le débat et d'approfondir la réflexion.

La position de la Coordination au centre de ce débat, est claire :
Toutes les associations membres - et probablement beaucoup d'autres - sont d'accord sur une définition minimale de la famille et pour l'égalité de traitement entre les immigrés originaires des pays tiers et les migrants européens.
Nous sommes également conscients du fait que cette base d'accord ne peut pas suffire, tant du point de vue d'une Europe confrontée à de nouveaux besoins d'immigration, qu'à celui des candidats à l'émigration et des demandeurs d'asile venant du monde entier. La définition minimale de la famille correspond à un consensus dans les sociétés européennes et "occidentales", mais elle ne correspond pas à la réalité de beaucoup de sociétés d'Asie, d'Afrique et du Proche Orient.
Nous voulons ouvrir, sans préalables idéologiques, un débat transnational où pourront se confronter, avec une volonté de compréhension réciproque, les idées et les exigences, tant des sociétés européennes d'accueil des immigrés, que des migrants venus d'autres continents et porteurs d'autres héritages sociaux et culturels.
Notre but est de mieux comprendre la famille et de trouver comment respecter les droits des personnes venant de civilisations éloignées, sans pour autant prendre le risque de désintégrer la société d'accueil.

Le débat est ouvert

Toutes les contributions, d'associations ou de personnes s'exprimant à titre individuel, seront les bienvenues à condition de discuter dans un esprit de libre débat, où l'écoute des arguments des autres et la tolérance pour les opinions qu'on ne partage pas l'emportent sur l'affirmation souvent illusoire de posséder la vérité. Mais où en même temps cette volonté de compréhension réciproque reste tendue vers la recherche de solutions historiques permettant une avancée des valeurs humaines universelles contre les préjugés liés aux différentes cultures.

Bien entendu les opinions exprimées dans ces débat n'engagent que leurs auteurs.

Voici trois premières opinions, qui sont loin, évidemment, de faire le tour de la question :
D'abord, le point de vue de nos amis du CCFD, relatif aux familles polygames et aux homosexuels

Le CCFD ne soutiendra pas les amendements touchant à la polygamie ou aux conjoints de même sexe

Il nous semble que nous ne devons pas donner l'impression de favoriser la polygamie qui est bien sûr une réalité culturelle que nous respectons mais que nous ne considérons pas comme un facteur de promotion et de dignité des femmes.

Concernant les "conjoints de même sexe" : à notre connaissance, aucun pays de provenance des "familles demandant un regroupement" ne reconnaît les unions de personnes de même sexe. Si cet argument ne suffit pas, il nous semble que ce n'est pas le combat prioritaire actuellement et que cela risque de polariser la discussion sur ce point alors que le droit de vivre en famille est toujours bafoué.

Jean-Marie

La deuxième résume une intervention d'une de nos amies, africaine à Bruxelles

La polygamie, ou mariages multiples, est une organisation sociale reconnaissant les unions multiples où l'homme peut avoir plusieurs femmes. Cette institution admise dans certain pays où l'Islam tient une place importante est par contre bien souvent punie par le code pénal dans les pays dont le système familial est basé sur la monogamie.

Les sociétés monogames, de leur côté, ont établi un système quasi-polygame puisque le divorce et le remariage sont devenus admis dans la plupart des Etats.

L'objet du débat

Le but de notre débat n'est pas, à mon avis, d'opposer la polygamie à la monogamie mais de participer à la lutte contre la domination, les mauvais traitements, l'esclavage et toutes les formes de traitements abusifs réservés aux femmes et à leurs enfants y compris dans le cadre de la famille.

Il est aussi d'apporter une ouverture d'esprit à l'égard des tendances novatrices dans le domaine de la famille, dans un monde pluraliste, en tenant compte de ce que jusqu'ici elles parviennent difficilement à trouver audience auprès du grand public.

Se situer sur le terrain des faits

Si l'on se situe d'un point de vue social, on regarde les questions de réunion familiale sous un jour qui requiert une réelle analyse des conditions de vie offertes par les sociétés d'accueil aux femmes ressortissantes des pays tiers, pour la plupart entrées sur le territoire dans le cadre du regroupement familial. Cela suppose d'accorder une attention particulière aux législations qui régissent ces dispositions; en veillant à ne pas développer la clandestinité, terreau de toutes les cruautés.

C. O.

La troisième fait écho à la lettre du C.C.F.D.

Je partage tout à fait l'avis de nos amis du CCFD pour dire que le débat sur la définition de la famille ne doit pas servir d'excuse au moindre retard sur le plan de l'action à mener pour garantir les droits élémentaires qui sont toujours bafoués dans les Etats de l'U.E.

Mais ce serait une erreur grave, de mon point de vue, de prendre prétexte de ce que le droit de vivre en famille n'est pas encore garanti pour un grand nombre de familles (monogames et hétérosexuelles) pour négliger de réfléchir à la situation des très nombreuses personnes dont les droits ne sont même pas reconnus parce qu'elles sont nées dans un pays de traditions polygames, où parce que leur nature physiologique est homosexuelle.

Le droit évoluera en fonction de l'évolution des idées

Il est vrai que la Coordination se propose d'aider à l'évolution du droit et non de philosopher sur les problèmes d'éthique et de morale collective. Mais nous savons que le droit dans toute société - et tout particulièrement dans les sociétés démocratiques - est lié à l'état des connaissances et des réflexions dans la société (qu'il ne faut pas confondre avec l'opinion publique). Si nous voulons que le droit public respecte les droits fondamentaux des personnes qui vivent dans une société, il faut que les membres de cette société, dans leur ensemble, reconnaissent et respectent ces droits.

Ce n'est pas facile quand les sociétés d'accueil et les migrants sont imprégnés de traditions familiales profondément différentes et que les uns et les autres sont convaincus de détenir la vérité sur la nature humaine. Si nous voulons éviter des incompréhensions qui dégénéreront vite en mépris et en haine, il nous faut, en même temps que nous luttons pour améliorer les lois et les pratiques dans le présent, réfléchir aux problèmes de fond, à l'évolution des esprits et à l'avenir de la société

L'évolution des idées ne se fait pas par voie d'autorité mais à travers les expériences vécues

On ne fera pas évoluer les esprits seulement par des déclarations d'autorité (par exemple des déclarations ou des appels signés de noms respectables) ou des menaces (par exemple des lois réprimant le racisme, les discriminations, la polygamie ou l'homosexualité). Chacun ne peut évoluer que par un processus de conviction intérieure. C'est avant tout en apprenant à se connaître, à se respecter et à essayer de se comprendre, que les personnes évoluent d'elles mêmes, plus ou moins vite. On peut seulement les aider à dépasser leur point de vue de départ toujours étroit, leurs convictions particulières et leurs préjugés.

L'intégration des minorités ne pourra se faire que dans des sociétés tolérantes et ouvertes


Une société intégrée est une société où l'on partage avec conviction les mêmes valeurs, non celle où l'on est soumis, sans les avoir vraiment fait siennes, aux mêmes règles morales ; une société où sont respectées les valeurs différentes des uns et des autres, et où, en même temps, chacun respecte les valeurs communes admises comme base de la vie sociale.

D. L.

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